Synéas
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Tribunes


Syndicat et innovation


01/03/2008


Jean-Luc DURNEZ
Directeur Général du SOP

Au premier abord, innovation et syndicat ne sont pas les mots qu’on associerait. Il suffit de se rappeler certains commentaires de la presse et certains propos entendus dans les bars et cafés, lors des derniers mouvements sociaux à l’occasion de la réforme des régimes spéciaux de retraite. Les syndicats seraient « opposés à toute réforme et défendraient des privilèges acquis à une époque révolue ». « De toute façon, ils ne représenteraient plus grand monde, sinon qu’eux-mêmes ». Si ces critiques s’adressaient aux syndicats de salariés, toute critique du syndicalisme nous atteint aussi.

 

Nombre de commentateurs de la vie politique et syndicale déplorent la faiblesse du nombre de salariés syndiqués, l’incapacité des organisations à initier, à conclure et à porter des réformes au terme d’accords majoritaires, et s’agacent en même temps de leur capacité à mobiliser des milliers de gens dans la rue, démontrant ainsi le caractère frondeur des français et leur incapacité à réformer.

 

C’est oublier un peu vite que la négociation est devenue la norme notamment en matière de Formation Professionnelle. Les partenaires ont quasiment toujours conclu un accord interprofessionnel à l’échelle nationale avant que le législateur n’intervienne a posteriori pour traduire l’accord dans la loi, procédant certes à quelques aménagements tout en gardant l’esprit et les principales dispositions de l’accord conclu par les partenaires sociaux. C’est ainsi que sont nés le Congé Individuel à la Formation, les contrats d’insertion en alternance, le droit au Bilan de compétences, le Droit Individuel à la Formation … Les partenaires sociaux ont donc ainsi été à l’origine des règles juridiques. Le sujet de la Formation Professionnelle est sans doute plus consensuel que d’autres mais il permet de démontrer la capacité d’innovation sociale dans le cadre d’intérêts bien compris des employeurs et des salariés.

 

Comment devons-nous alors envisager la rénovation de la Convention Collective de 1966 dans laquelle le SOP s’engage depuis quelques mois ? Nous sommes confiants dans la capacité des organisations syndicales à constater que les contraintes des associations employeurs ont évolué du point de vue de la qualité des services souhaitée par les usagers et leurs familles, des financements et de la rigueur budgétaire et de celui des administrateurs soucieux de préserver les valeurs humanitaires et solidaires spécifiques au secteur, sachant qu’elles-mêmes auront à cœur de nous rappeler les demandes des salariés quant à leur professionnalisation et leur évolution professionnelle. Nous sommes également confiants dans leur capacité à partager un certain nombre de principes propres à ce secteur particulier de l’économie sociale. Nos associations se différencient à la fois de la fonction publique et du secteur lucratif, de plus en plus actif dans les services à la personne. Ce qui nous distingue devrait pouvoir se traduire dans les relations à la fois avec les usagers et les personnels salariés.

 

L’ouverture et l’écoute, principes mêmes de l’innovation, devraient être les postures préalables à la négociation. Écoute de l’usager dans l’expression de ses besoins, ouverture aux évolutions législatives avec ce qu’elles nous offrent d’opportunités plus que de contraintes, ouverture aux champs concurrentiels qui devraient nous stimuler plus que nous agacer, ouverture à la rigueur financière que chacun souhaite en tant que contribuable et critique en tant que professionnel. Ouverture aussi aux salariés soucieux de conjuguer professionnalisme et engagement et pouvant attendre en retour une considération à l’aune de leur contribution sociale.

 

L’innovation relève de la capacité à transformer l’ordre des choses. C’est un regard neuf et soucieux d’interroger les routines anciennes, nécessaires mais insuffisantes pour apporter les réponses de demain. L’innovation s’inscrit en rupture par rapport aux pratiques existantes. Elle s’appuie sur des forces et des idées mobilisatrices. Elle peut toutefois se consumer sous l’empire du soupçon et un sentiment de méfiance n’est pas à exclure. L’appropriation du changement n’est jamais simple. Il y faut des idées simples mais pas simplistes, des argumentaires que chacun peut entendre, comprendre et discuter, une force de conviction, une capacité à négocier et à accepter des compromis. Et le temps de la gestation des idées.

 

La négociation entre plusieurs partenaires (3 syndicats d’employeurs, 5 organisations syndicales de salariés) exige aussi des adaptations successives. Il ne faudra pas plus s’offusquer des crises successives qu’elle suscitera, du temps qu’elle exigera, des déformations que ces épreuves feront subir au projet initial. C’est à ce prix que le compromis, la convention collective rénovée, pourra satisfaire les uns et les autres. Mais nous sommes confiants dans la capacité d’innovation de notre secteur, de nos associations adhérentes, de nos représentants syndicaux et de nos partenaires.

 

Nul doute que l’État aura une lourde responsabilité lors de l’agrément de ce nouvel accord. Il conviendra de l’informer tout au long de la négociation des enjeux, des évolutions possibles, des argumentaires, des risques d’un échec.

 

On peut toujours craindre le pire, mais nous voulons croire en la justesse de notre démarche et en la force de nos actions. C’est en pensant positivement que nous nous donnerons les moyens d’accomplir nos projets.

 

 

Les Cahiers du SOP n°2

Mars-avril 2008